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Ce qui se travaille

Le rôle du coach en développement de leadership

Un coach en développement de leadership n’enseigne pas le leadership. Il n’apporte aucun programme, aucun contenu à dérouler, et son utilité ne dépend pas de sa familiarité avec le métier exercé en face de lui.

Rétroviseur extérieur montrant la route en arrière

Un coach en développement de leadership n’enseigne pas le leadership. Il n’apporte aucun programme, aucun contenu à dérouler, et son utilité ne dépend pas de sa familiarité avec le métier exercé en face de lui. Son objet est la manière dont un dirigeant exerce déjà le sien : repérer les comportements qui le desservent, nommer ce qui bloque, puis l’aider à construire autre chose. Là où un formateur apporte une matière, lui apporte un cadre et des questions. C’est ce qui rend son rôle difficile à décrire — et facile à confondre avec d’autres métiers de l’accompagnement des dirigeants, au premier rang desquels le coaching de dirigeant au sens large.

Ce que le coach apporte concrètement

Trois apports reviennent dans toutes les démarches, quelle que soit la méthode revendiquée.

Une structure et un rythme. Des rendez-vous fixés à l’avance, des objectifs écrits, des points d’étape. Cela paraît anecdotique et ne l’est pas : le seul fait de savoir qu’un entretien aura lieu dans trois semaines oblige à avoir tenté quelque chose d’ici là. Beaucoup de dirigeants n’engagent une démarche que pour cette raison, sans se l’avouer — ils savent ce qu’ils devraient faire, ils n’ont simplement aucune échéance qui les y contraigne.

Un rôle de catalyseur. Le coach ne crée pas le changement, il l’accélère en disant tout haut ce que l’entourage professionnel garde pour lui : les contradictions entre les intentions affichées et les décisions prises, les sujets systématiquement repoussés, les réactions qui se répètent d’une situation à l’autre. Personne, dans une organisation, n’a intérêt à formuler cela devant celui qui dirige. Un intervenant extérieur, si.

Un appui dans la durée. Le travail ne se limite pas aux entretiens : il consiste à construire un plan de progression, à le réviser quand il ne correspond plus à la réalité, et à vérifier qu’il produit quelque chose. C’est en cela que la démarche rejoint les principes généraux du coaching professionnel, dont elle constitue une application au sommet de la hiérarchie.

Executive coaching et développement du leadership

La démarche tient ensemble trois éléments qu’il serait plus simple de traiter séparément : les besoins de la personne accompagnée, les attentes de l’entreprise qui finance le plus souvent l’intervention, et le réseau de relations dans lequel le dirigeant est pris. Un coach qui n’écoute que le premier produit un travail agréable sans effet visible ; un coach qui ne sert que le deuxième devient le bras d’une direction et perd toute utilité.

Le travail porte en priorité sur le style de leadership. Il ne s’agit pas d’en changer — on ne devient pas quelqu’un d’autre à cinquante ans — mais de le comprendre assez précisément pour savoir dans quelles situations il porte et dans lesquelles il dessert. Un style qui fonctionne en croissance peut se révéler désastreux en période de restructuration, et inversement. Cette lecture fine des situations est l’un des apports les plus durables de l’accompagnement individuel d’un dirigeant, bien au-delà des objectifs affichés au départ.

Elle explique aussi pourquoi cette intervention ne se substitue jamais aux autres moyens de développer son leadership : elle les rend plus efficaces en indiquant où porter l’effort.

Trois angles de travail

La motivation

La motivation d’un dirigeant n’est pas son enthousiasme du lundi matin ; c’est sa capacité à rester engagé sur des objectifs longs alors que le quotidien réclame tout. Le coach aide à distinguer les objectifs réellement choisis de ceux qui ont été hérités d’un prédécesseur ou imposés par habitude, puis à repérer ce qui s’est éteint en cours de route. Après un échec sérieux, son rôle consiste surtout à empêcher que l’épisode se transforme en règle générale. Il ne motive personne : il aide à retrouver ce qui motivait.

L’apprentissage

Un dirigeant apprend principalement de ce qui rate, à condition de s’arrêter assez longtemps pour l’examiner — ce que l’agenda interdit presque toujours. Le coach organise cet arrêt. Il propose des façons de relire une situation, de séparer les faits des interprétations, et il empêche de retenir la leçon la plus flatteuse, celle qui met la responsabilité ailleurs. Avec le temps, le dirigeant fait ce travail seul, et c’est le but.

L’inspiration

Inspirer, c’est donner envie de suivre. Aucun coach ne rend quiconque charismatique, et celui qui le promet ment. En revanche, la part transmissible existe : la clarté de ce qui est dit, la cohérence entre les paroles et les actes, la capacité à raconter où l’on va d’une manière qui ne soit pas une liste d’objectifs trimestriels. Les exemples de dirigeants marquants servent alors de matière à comparaison, jamais de modèle à reproduire.

Ce que le coach ne fait pas à la place du dirigeant

C’est peut-être la partie la plus utile de la description, parce qu’elle évite les malentendus coûteux.

  • Il ne décide pas. Même sollicité directement, même lorsqu’il a un avis, il renvoie la question. Un coach qui tranche prive son client de l’exercice pour lequel il est payé.
  • Il ne porte pas les conversations difficiles. Il ne s’adresse pas au comité de direction, ne rédige pas l’annonce d’une réorganisation et n’arbitre pas un différend entre deux cadres. Ce dernier point relève d’une médiation, qui est un autre métier.
  • Il n’évalue pas pour le compte de l’employeur. Remettre un avis sur l’aptitude du dirigeant à celui qui finance la démarche mettrait fin à toute confiance, donc à tout travail possible.
  • Il n’apporte pas d’expertise sectorielle. Sur le fond d’un dossier technique, un consultant ou un administrateur du domaine sera toujours plus pertinent.
  • Il ne soigne pas. Lorsque la difficulté relève de la santé plutôt que de la fonction, la règle est de passer la main, et un professionnel sérieux le fait sans attendre.

Il ne garantit pas davantage de résultat. La progression dépend du travail fourni entre les séances, et aucun accompagnement ne compense une absence d’envie.

Un miroir, pas un modèle

L’image du miroir revient souvent pour décrire ce métier, et elle est juste à une condition : le miroir ne renvoie pas une image flatteuse. Ce que le coach donne à voir, c’est ce que les interlocuteurs du dirigeant entendent réellement lorsque celui-ci croit avoir été parfaitement clair, ou l’effet produit par un silence qu’il pensait neutre.

Le risque du métier est exactement l’inverse : l’imitation. Un coach qui a lui-même occupé des fonctions de direction glisse facilement vers ses propres recettes, et le dirigeant accompagné repart avec des solutions qui ne sont pas les siennes — elles tiendront jusqu’à la première situation imprévue. Un signe simple permet de vérifier que la relation reste saine : les formulations que le dirigeant emploie après quelques mois sont-elles devenues les siennes, ou récite-t-il celles de son coach ?

Un coach en développement de leadership ne laisse donc pas une méthode derrière lui. Il laisse un dirigeant qui a pris l’habitude de regarder ses propres décisions avec un peu de distance, et qui sait à quelles questions les soumettre. Le résultat paraît modeste ; c’est pourtant le seul qui continue de servir une fois la démarche terminée.